Interruption de la conversation
Après Alithia, c'est le Pharisien qui ne veut plus me parler.
On venait à peine de se rencontrer et voilà que c'est le clash, non sur le fond mais sur la forme.
En effet, par e-mail (et je remercie M. Pharisien d'avoir pris le temps de m'écrire), il m'explique se sentir forcé d'interrompre toute communication (et de ne pas publier mon commentaire) à cause de la phrase "Bien entendu, puisque vous avez raison, vous ne sauriez avoir besoin du point de vue d’autrui !". Apparemment, ce genre de remarque ironique serait un manque de civilité.
C'est sans doute vrai, j'ai toujours eu un petit côté d'Artagnan (mâtiné de Don Quichottisme), ou Ping-pong, je ne battrai pas en duel contre quelqu'un de désarmé, mais je vois bien les forums et autres commentaires de blogs comme une forme de duel ou de match de Ping Pong, quelque chose d'assez gai et stimulant qui, au cours des échanges de bonne ou de mauvaise foi, peut finir par faire apparaître des vérités ou des éclairages inédits, allez savoir. Afin que mes réponses aux précédents commentaires du Pharisien Libéré ne soient pas complètement perdues au paradis des petits posts envoyés pour rien, je me permets de me citer moi-même.
Voici donc ce que j'avais écrit à la suite de cette page, le lecteur jugera :
Procès : J’ai parlé de procès bien après qu’Alithia ait décidé de me calomnier. N’inversez pas les questions. La raison d’un tel procès est strictement en rapport avec la loi sur la diffamation : je subis un préjudice véritable quand le quatre ou cinquième lien que trouve google à mon nom est constitué d’un tombereau d’insultes et de calomnies. Ce n’est ni le fait qu’Alithia ne soit pas d’accord avec moi ni le fait qu’elle me refuse tout droit à lui répondre qui m’embête, c’est plus simplement le fait que des gens qui n’ont pas suivi l’histoire peuvent en venir par se poser des questions à mon sujet. J’assume tout ce que j’ai dit et fait, y compris mes erreurs
Scientologie : mais qu’est-ce que vous me racontez là ? D’abord, l’église de scientologie ne crée pas ses ennemis de toutes pièces, elle se protège bel et bien. De manière ignoble et d’autant plus ignoble que ses ennemis sont loin d’avoir sa puissance, mais justement, en démontrant son pouvoir (par exemple en faisant muter un policier auteur d’une thèse sur l’illégalité de l’organisation ou en faisant recevoir son ambassadeur par un ministre présidentiable français), en lançant des campagnes de calomnie, etc., elle rend beaucoup d’opposants potentiels timides ou discrets. La méthode est ignoble, notamment en sachant ce qu’elle défend, mais fonctionne remarquablement.
Pour autant, quel est le rapport avec moi ??? Je n’ai jamais tenté de faire taire Alithia sur le sujet de Wikipédia, je la contredis mais je trouve très sain qu’elle s’explique, et même, si elle était légèrement plus bienveillante, peut-être pourrait-il sortir quelque chose d’intéressant de ses critiques. Non, mon problème avec Alithia n’a rien à voir avec Wikipédia, mon problème c’est qu’elle me nuit directement, qu’elle profite de mon exposition pour me calomnier, notamment du point de vue professionnel. Et j’avoue que le fait qu’elle le fasse parce qu’elle sait parfaitement que je ne ferais pas la même chose (je ne le ferais pas de toute manière mais en plus son annonymat m’en empêche) m’ulcère un peu.
Douze ou treize ans, vraiment ? En ce temps là, le google ranking n’existait pas. Il n’y avait donc rien à défendre, n’est-il pas ?
Il y a douze ans précisément (décembre 1996, viens-je de vérifier), Usenet était très familial. J’ai par exemple rencontré à l’époque la plupart des participants aux groupes macintosh ou bande dessinée, que je fréquentais assidûment. Nous avions le sentiment d’être des sortes de pionniers, mais surtout, en 1996, il n’y avait que 100 000 internautes contre cent fois plus aujourd’hui. La calomnie ne pouvait pas s’étendre au delà des participants aux forums eux-mêmes à mon avis. Aujourd’hui, il y a google effectivement, qui permet d’ailleurs d’accéder aux archives usenet ce qui pose aussi des problèmes, car un employeur, un contact quelconque aura facilement le réflexe d’effectuer une recherche rapide sur une personne avec qui elle va travailler.
Or si Alithia cherche précisément à me calomnier, c’est parce qu’elle considère ne pas pouvoir être atteinte elle-même (son identité et son pseudonyme n’étant liés que pour elle). Je trouve ça lâche. Ce n’est pas le fait d’utiliser un pseudonyme qui est lâche mais de s’en servir contre ceux qui s’exposent, dans une situation dissymétrique. Je pense que vous la défendez plus par esprit de corps (les grincheux anti-wikipédia associés) que parce que vous considérez réellement cette manière d’agir comme digne, enfin…
Quand on est administrateur, avec les privilèges que cela comporte, on a tendance à oublier combien on a ramé pour y arriver. On se sent sorti d’affaire. On devient propriétaire de wikipedia et on ne pense plus qu’à défendre la secte contre les faits concrets rapportés
Je pense que vous vous faites des idées sur ce que l’on ressent quand on est admin. Car dans la pratique, ce n’est pas un honneur, c’est le pouvoir technique de résoudre rapidement certains problèmes, pouvoir que l’on confie à des gens ayant un peu de bouteille mais qui ne sont en rien garants d’un “esprit” wikipédien. L’abus de pouvoir existe, il faut le pourchasser, point. Maintenant trouvez un moment où j’aurais (je me prends pour exemple, étant l’admin que je connais le mieux) utilisé mon statut pour faire passer en force mon opinion, que ce soit au niveau éditorial ou au niveau de la destinée de Wikipédia… Enfin cherchez, vous ne trouverez pas. J’ai pris sur moi de discuter avec des gens dont les opinions politiques ou les sympathies religieuses me sont désagréables, parce que tant qu’ils travaillent honnêtement, je n’ai pas de raison de ne pas le faire. Et quand il est arrivé que des prosélytes d’idées proches des miennes viennent imposer leurs vues sur Wikipédia, je leur ai fait remarquer qu’ils se trompaient. Je prends l’exemple d’un fameux opposant à la psychanalyse, fort savant du reste, avec qui je serais certainement bon copain dans la vie, mais à qui j’ai du reprocher sa méthode de travail, car il cherchait à faire passer en force sa vérité.
Donc ce n’est pas “ma” vérité qui oriente mes choix, mais le respect du projet.
Sur le taux d’articles de qualité, le fait est que le niveau d’exigence en la matière ne cesse de progresser. Je me rappelle par exemple l’article “Graffiti” qui a été AdQ alors qu’il était assez médiocre et qui a perdu son label alors qu’il est à présent nettement plus complet.
Wikipédia est un processus et non un ouvrage fini, il n’y a pas le feu au lac, l’important est que les articles s’améliorent et que les erreurs (qui existent en nombre) finissent par être corrigées. Il me semble que pour la plupart des articles, la différence entre la version actuelle et celle d’il y a quelques années plaide en faveur du système.
Café-philo : assisté une fois, près du Panthéon, j’ai beaucoup apprécié le fait que le cafetier ait coupé la musique (plaie des cafés depuis quelques temps), mais le propos était plutôt vaseux, enfin je suppose que c’est très variable. A titre personnel, je me méfie de la philo, car même si j’ai mes philosophes de référence (Rousseau, Nietzche, Jankélevic, Lyotard, Deleuze et plus récemment Stiegler - je picore quoi), j’y vois une science qui se saoûle facilement de mots et qui en vient à prendre des vessies (discours théologiques, psychanalyse) pour des lanternes. En art, la philo est souvent une plaie, c’est souvent le refuge de ceux qui ne parviennent pas à créer. Etant moi-même un créateur médiocre - un accompagnateur plus qu’un fabricant, c’est pour ça que j’enseigne d’ailleurs - j’entretiens une sorte de méfiance pour ce domaine, car j’y vois souvent une manière de “gagner du temps”. Cette manière de voir les choses m’est toute personnelle, je vois bien que beaucoup de gens, y compris des gens que j’estime infinment, trouvent une inspiration intellectuelle puissante dans la philosophie, mais bon, ce n’est pas pour moi. Du coup les cafés physique ou biologie m’intéresseraient bien plus que les cafés philo.
le méprisant est bien celui qui envisage pour le peuple une encyclopédie gratuite “modeste”, basée sur le sens commun et qui ne donne pas l’état de l’art en la matière
C’est une critique courante, que je comprends, mais que je ne partage pas. Je pense que le tout ou rien aboutit toujours au rien. C’est un peu comme la vertu du droit-de-l’hommisme : il faudrait tout avoir d’un coup ou rien du tout… Je vois même parfois dans cette demande une manière d’empêcher qu’elle se réalise, de rester entre soi… Petits gamins des cités, on ne va pas vous donner les oeufs de lump, excusez si on se garde le caviar.
Mais je crois que bien des choses peuvent exister de manière progressive. Techniquement et philosophiquement, Wikipédia est adaptée à ce principe. Que d’autres encyclopédies différentes lui fassent concurrence, c’est bien, il le faut, mais le principe de Wikipédia c’est l’améliorabilité.
Neutralité : la neutralité de point de vue sur Wikipédia c’est ce sur quoi on peut s’entendre. Par exemple si A dit “dieu existe” et que B dit “dieu n’existe pas”, en l’absence de consensus de la communauté scientifique à ce sujet, il est non-neutre de prendre parti pour l’opinion de A ou celle de B (et c’est un athée pur et dur qui parle). Il est aussi absurde de créer une opinion A-B qui chercherait à synthétiser les points de vue. La méthode wikipédienne, que je trouve intéressante malgré ses limites, c’est de dire que ce sur quoi on peut s’entendre c’est ce qu’a dit A et ce qu’a dit B (étant entendu que l’un et l’autre ont des opinions représentatives). C’est un peu comme le fameux jeu logique des deux portes gardées par un menteur et par un non-menteur (je me comprends).
Bien sûr, vous allez me dire : ça ne marche pas, la preuve, le 12/07/05, il y a utilisateur:truc qui n’a pas respecté cette règle. Et puis utilisateur:bidule s’est fait éjecter, etc. Bien : c’est exact, la règle ne fonctionne pas toujours, elle est parfois détournée, mal comprise y compris par ceux qui se targuent d’en être les gardiens, etc. Peu importe les cas individuels et ponctuels, je constate que les articles tendent pour la plupart vers l’amélioration. Que votre ego ou le mien puisse être heurté à un moment ou à un autre a assez peu d’intérêt.
Or, si les sciences dures ne servent pas à grand chose dans la vie courante (combien de ctoyens du monde sont concernés par la mécanique quantique dans leur quotidien), les sciences humaines servent à chacun chaque jour de leur vie
Hmmm… C’est vrai, mais un peu court. Les sciences dures souffrent à mon sens surtout de ce que les gens préfèrent croire à savoir. Les sciences humaines rigoureuses existent, mais il est bien plus facile d’y faire illusion, elles attirent donc beaucoup de gens. J’avoue que je ne suis pas un romantique, et pour moi, un bon livre de biologie explique mieux les sentiments que deux mille cinq cent ans de philosophie.
Sur ce, pour moi, la conversation est close.
Bien entendu, puisque vous avez raison, vous ne sauriez avoir besoin du point de vue d’autrui ! Vous savez me faire la leçon (pour les nuls, besoin d’ophtalmo,… vous avez un grand réservoir de vannes de ce genre ?) mais vous ne me lisez pas vraiment vous-même, hein.
Dont acte, brisons-là si vous le voulez.
Alors à une prochaine fois, Pharisien Libéré !